Jacques Dochamps est l’homme de l’ombre de l’émission « noms de dieux », un pilier de la RTBF Liège, auteur de très nombreuses réalisations télévisuelles et de films documentaires de création.

Né à Liège en 1952, ses parents sont tous deux de famille commerçante : l’une en Féronstrée et l’autre à St Léonard. Lui a vécu toute sa jeunesse à Embourg. Il fera ses études primaires à l’école…communale de Méhagne, compromis à la belge entre son papa protestant de culture (mais non pratiquant) et sa maman chrétienne, tendance Teilhard de Chardin, qu’il accompagne à l’église tous les dimanches.

A douze ans, après sa « grande communion », il entame ses humanités à l’athénée de Chênée, section latin-maths, et continue à accompagner sa maman aux offices jusqu’à l’âge de 15, 16 ans ; le décès mal vécu d’un grand-père, l’esprit de « mai  68 » un choc intellectuel, qui restera marqué dans ses gènes,  mais surtout Jean Yanne, lourde concurrence le dimanche matin en radio, dans les faux sermons de Bossuet (« quand j’entends le mot culture, je sors mon transistor… ») vont l’amener à déserter l’église de Méhagne.

C’est aussi  l’époque où il va découvrir sa grande passion pour le 7ème art !

Il fréquente le cinéma « Lumière », première salle d’art et d’essai rue de la Sirène.  Il va y découvrir « les plus grands » : Ingmar Bergman (Persona), Federico Fellini (huit et demi), Pier Paolo Pasolini (Théorème). A la télévision, il regarde « Ciné-club » l’émission de Dimitri Balachov et découvre d’autres chefs d’œuvres comme « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais  et plus encore celui qui le laisse groggy, ahuri, un choc métaphysique pour cet adolescent avec  « le Procès » d’Orson Welles ; à son avis,  ces films  n’ont jamais été dépassés et lui n’a plus éprouvé les mêmes chocs esthétiques.

En 1970 il est en rhéto, il pense s’orienter vers l’enseignement, les maths ou le français ? Un jour dans la cour de l’école, il ramasse par hasard un folder, un tract de l’INSAS, une école récente, il ne connaît pas du tout mais c’est la révélation… « C’est ça que je veux faire » déclare-t-il à ses parents ! Curieusement ses parents acceptent, ils le savent atteint du « syndrome du cinéma ». Ils avaient aussi repéré qu’il écrivait des histoires dans le feuillet de son école et qu’il avait adressé des textes au journal « Spirou ».

L’INSAS à cette époque est encore une jeune institution avec des professeurs  issus du terrain ;  parmi eux, André Delvaux, Hadelin Trinon et dans ses condisciples Philippe Geluck.  En 1974, il termine quatre années formidables. Deux de ses professeurs, Henri Vaume et Arlette Dupont l’informe que la RTB cherche un réalisateur pour le centre de production de Liège ! La télévision, ce n’est pas son « affaire », son modèle c’est Buñuel, l’absurde, le surréalisme… Mais, face à la perspective du chômage et d’une vie à conduire des taxis, il se décide…

Deux mois après la fin de son cursus, il débarque à Liège, étonné de tomber dans un milieu anarcho-gauchiste, avec des gens sympas, un peu déjantés. Il fera équipe avec Mamine Pirotte durant près de 10 ans ; à l’époque on travaille en tandem : un journaliste producteur et un « réal », des duos explosifs, fusionnels…

Avec elle, puis avec Guy Lemaire, Arlette Vincent, Robert Neys, Patrick de Lamalle, il travaille sur des magazines de défense des consommateurs, « Minute Papillon », « Cinéscope », « Télé tourisme », « l’Ecran témoin », « Wallonie »,  etc…

Après 10 ans, il se cherche, veut se diversifier, et faire des trucs « perso » comme maître d’œuvre. Il réalise plusieurs documentaires dont « C’est notre terre » sur les indiens du Québec. Entretemps, en effet, Jeanine sa compagne lui a fait découvrir la littérature indienne, (Pieds nus sur la terre sacrée) une compilation de textes magnifiques de chefs indiens de la plaine, des discours sur la fin du monde indiens, des textes d’une noblesse, d’une beauté « à pleurer ». Un nouveau choc dans sa vie, aussi fort que mai 68 ou le « Procès » de Welles. Après des années d’athéisme et une attirance situationniste, il découvre une vision du monde dont il ignorait l’existence : la spiritualité amérindienne. Cela les conduit tous deux à beaucoup de questions, à d’autres lectures (24), c’est le New Age qui débarque !

Avec Robert Neys et Patrick Delamalle ils  lancent l’émission « Turbulences »,  émission altermondialiste avant la lettre, pur produit d’une équipe de soixante- huitards.

Il va aussi rencontrer, lors d’une conférence, José Gualingua un indien d’Amazonie, fils de chaman, en tournée auprès des communautés européennes pour défendre les droits des peuples de sa région contre des sociétés pétrolières. C’est l’amorce d’une relation majeure, d’une longue amitié qui  va changer la vie de Jacques car il attendait cette rencontre, non pas avec  un chaman, mais avec un jeune qui ne « vendait » rien mais voulait simplement sauver son peuple.

Ce contexte prépare Jacques Dochamps  vers 1991  à deux opportunités quasi simultanées qui changeront et marqueront la seconde partie de sa carrière professionnelle : « Dunia » et « noms de dieux ».

« Dunia », une nouvelle émission,  passionnante,  produite par Anne Martinov ; elle est programmée l’été à 23 heures donc… avec une audience réduite. L’équipe  réalisera des centaines de reportages dont, pour Jacques, une cinquantaine en Afrique, Amérique du sud, Océanie et des pays arabes. Les tournages duraient une dizaine de jours au moins, pour montrer avant tout comment y vivaient les hommes et les femmes. Jacques Dochamps  était surtout sensible, et pour cause, à ceux tournés en Amazonie.

A la mort d’Anne Marinov l’émission, devenue « Planète en questions », continuera encore quelques années avant de s’éteindre. Jacques conclura ce cycle de ses activités en 2013 par la sortie du grand documentaire « Le chant de la fleur », consacré au peuple amazonien de Sarayaku.                                             

La seconde opportunité en 1991 faisant toujours suite au contexte de l’époque,  Jacques restait passionné par la spiritualité ; en vain, il essayait de faire entrer ce sujet à la RTBF, mais n’y parvenait pas : «… j’étais repéré, ils se méfiaient de moi parce que je faisais des trucs bizarres, j’étais un fantaisiste et fiché comme tel, alors mes tentatives étaient jetées au panier !

J’ai appris un  jour qu’Edmond Blattchen cherchait un « réal » pour lancer un projet d’émission sur la philosophie, la spiritualité. On se connaissait peu, je l’ai contacté, et il a sorti le projet, comme ça, rapidement, tel qu’on le connaît avec son « noms de dieux » !  J’étais content, ce projet m’intéressait… »

En réalité, grâce à ce projet arrivé dans la foulée de « Dunia », Jacques Dochamps réalisait son rêve : le cinéma, voir vivre les gens (l’expérience du terrain),  une approche large  de la spiritualité avec « noms de dieux » (l’exploration intellectuelle). Il réalisera environ 85% des numéros, étant parfois remplacé, lors de ses nombreux déplacements, par d’autres « réals » comme Paul Paquay ou Jean-Pierre Grombeer.

Ce grand « réal » est toujours à la manœuvre pour la 200e émission, après  vingt-trois ans de « noms de dieux ».